Qu'est-ce que vivre : une sculpture sociale multimédia
La Sculpture sociale est la forme en devenir de la créativité et de la coopération sur le réseau et sur les territoires ; les expérimentations sociales et artistiques en construisent le sens.
La proposition de Studio de Sculpture Sociale a son origine dans les réflexions de Joseph Beuys identifiant pratique esthétique et pratique sociale, expression de soi et expression d’un Commun, exploration des puissances impersonnelles de l'être et service public.
Ouverte à la multiplicité des êtres, la Sculpture sociale, co-produite par tous, s'enrichit de la connaissance et de la sensibilité de chacun.
Être est pour nous le produit d’une expérience d’énonciation mettant en scène un usage de la langue délié de sa fonction d’information, de persuasion, de séduction marchande, d’opinion, de prosélytisme, de transmission de mots d’ordre. Alors la langue module un chant, une clameur de l’être : le récit se métamorphose en poème, le mystère du sens advient, la matière de la langue s’ouvre aux fulgurances de la liberté .
Etre est création et coopération au service de tous, sollicitation de ces forces affirmatives de soi qui engendrent mondes et innovations .
Cette expérience menée aux côtés des habitants des territoires recouvre une interrogation sur une politique des formes d’énonciation de soi, sur les procédures d’accès au réel, de composition de l’être avec la communauté des singularités.
Forces directrices du projet : explorer les chemins d'un devenir imperceptible, organiser en séries de chants les actes et les gestes qui naissent de la part impersonnelle de l'être.
Le sensible mis en réseau à travers la réalisation de chants génère une cartographie d’un corps multiple, par-delà les divisions de rôles, le carcan des identités closes. Un peuple créatif de lui même, porteur d’une politique d’égalité, fragile, vulnérable, fort de ses différences, s’engendrant à la source de ses imaginaires, de ses actes. Comme une musique issue de la substance de ses expériences, fondant dans ses notes l'éthique, le politique, l’esthétique.
Dans cette sculpture sociale les poèmes côtoient des chants a capella et des ritournelles d'enfants, le refus des discriminations y voisinent avec les affirmations vivantes des usages et des solidarités, les témoignages d’actes de partage et d’amitié s’y agencent avec des prières, les actes de lutte s’y mêlent aux gestes d’une communauté active et créatrice. Tel un chœur, la sculpture multimédia fait entendre le sens de l’énigme éponyme du projet : Qu’est-ce que vivre
La poésie est la forme primordiale d’expression de la communauté. La musique est sa substance. Le chant, qui les réunit, est la matière sensible de la langue : sa chair.
Il n’y a pas de contradiction entre la persistance de notre monde personnel et les données de l’expérience collective. En réalité, notre monde personnel se nourrit des expériences de partage, de solidarité, il se singularise en s’imprégnant de ce commun issu des pratiques humaines les plus riches. Comme si la singularité ressortait à une connexion de soi avec une zone de l’être où s’engendrent les actes déliés d' intérêt privé.
Notre " Je " est une tension proliférante de signes, d'affects, de langages, de relations... Des fixations égoïstes, comme autant de clôtures, en borne l'extension, la fige dans une identité close, dévitalisée. Le territoire de l'existence est au-delà, en prise avec les puissances d'un devenir imperceptible.
Notre " Je " est un " Nous ", un " Nous " ouvert à la multiplicité des " Je ". Ce " Nous " est l’articulation supérieure d’une communauté nourrie de singularités. Nous existons à cette jonction, dans l’interstice mystérieux baigné par la lumière de ces mondes.
Pour nous une sculpture sociale est indistinctement une forme esthétique, une expérience de langage, un moment de constitution d’un Commun. Non pas pour proclamer " Nous sommes tous des artistes " mais pour affirmer que tous ensemble nous nous instituons en tant que communauté par le biais de pratiques sensibles, discursives, d'actions concrètes.
Le dispositif Qu'est-ce que vivre voudrait être un exemple de cette exigence, sociale, éthique et esthétique indistinctement. À la fois co-production d’un énoncé vital, à la fois exposition d'une forme issue de la coopération de tous. À la fois rhizome de récits, à la fois fabrique de présence d’un être multiple, à la fois expression de singularités, à la fois réflexion démocratique menée sur les territoires avec les habitants, les publics.

